• La Brodeuse

     La Brodeuse                                   

    Sous la coiffe opaline s'évadent et s'évasent en douceur

    Des fils de lumière aux reflets irisés.

    Posée, sur l'acajou précieux d'une petite table,

    Tendue à l'extrême dans des cerceaux de bois,

    Une blanche batiste ceinturée de dentelle

    Dévoile pudiquement sa fantaisie de points.

    Délicatement brodées sur le coeur de la toile,

    Deux initiales aux jambages élégants et racés

    S'enlacent et s'élancent en arabesques fines.

    Retenue prisonnière d'un fil de l'ouvrage,

    Une aiguille minuscule, à la langue effilée

    Entame le serpentin d'un fil ajouré,

    Ciselé,sur la pureté du lin d'un délicat mouchoir.

    Sous la voûte neigeuse de ses cheveux soyeux,

    La tendresse infinie de ses yeux occultés,

    Je crois bien que ma Grand-mère sommeille.

    Alors, sans mot dire, je m'approche et me risque

    A broder de mes lèvres sur la peau

    De sa main d'artiste,

    Le tracé d'un baiser parfumé

    De ma tendresse pour elle